Un mal pour un bien...

Publié le par émi-lit



J'avais été très enthousiaste et enchantée par l'univers que proposait Milena Agus, ou plutôt qu'elle esquissait tant l'œuvre était courte, dans Mon Voisin. J'ai eu envie de réitérer afin de voir si le charme de cette écriture opérerait de nouveau, pour cela j'ai choisi son grand succès Mal de pierres.

Le titre, c'est le nom « poétique » du mal qui ronge l'héroïne de ce récit : une femme sarde décrite par la narratrice (sa petite fille) comme très jolie mais aussi un peu étrange, un peu à part de la société dans laquelle elle vit, et qui a comme « signe particulier » des calculs rénaux ... ce fameux mal de pierres fait la différence entre elle et les autres, ce « mal » qui finira par lui être un bien et lui permettra de connaître quelques instants fugitifs mais précieux et intenses de bonheur au cours d'une cure de guérison, lorsqu'elle rencontre un personnage nommé « le Rescapé ».

La narratrice raconte la vie de sa grand-mère... une vie pas facile dans la campagne sarde, lorsqu'on est vue comme un peu « dérangée » par les autres villageois, et lorsqu'à 30 ans, dans les années 40, on n'est toujours ni mariée ni mère. Cependant un jour, un homme l'épouse. Il n'est pas question d'amour dans ce mariage, juste de convenance, pour ne pas être seul. L'époque et la société le veulent ainsi. Mari et femme auront alors une relation très particulière, qui ne traduit pas vraiment l'amour ni la passion, mais est empreinte d'une douce folie : la femme propose à son mari de le satisfaire autant que les femmes des maisons closes qu'il fréquente afin qu'il économise son argent pour acheter du tabac et se détendre. Cette femme est doucement dérangée et on s'y attache très vite... Ce qu'elle a dans la tête, qui ne tourne pas dans le même sens que les autres, ce sont des rêves et de la poésie. Mais il est des lieux et des époques pour être ainsi (quoique), et ce n'est pas la bonne pour elle...

Le point culminant du récit, c'est la rencontre avec le Rescapé... de cette rencontre naîtra une très belle histoire d'amour, la magie de la littérature opère, on y croit comme à un joli conte...  Une histoire d'amour qui est comme un rêve, une trêve dans la vie de cette femme. Une histoire courte et intense, mais triste aussi, à l'avenir incertain Je me suis un peu retrouvée dans les récits de Stephan Zweig, qui a un talent certain pour décrire admirablement les amours tristes et tragiques de ces femmes frustrées du siècle dernier... (je pense à 24 heures de la vie d'une femme ou la poignante Lettre d'une inconnue).

Le récit n'est pas chronologique, on se laisse porter agréablement par l'univers et la vie de cette femme, peu importe finalement si ce n'est pas linéaire. Ce qu'on veut c'est suivre le fil décousu de sa tête qui nous conduira à la fin, et quelle fin...


En bref, je n'ai pas été déçue et suis plutôt satisfaite d'avoir reconduit ma rencontre avec la littérature sarde. Créer un univers et faire que le lecteur y adhère, n'est-ce pas le propre de la création littéraire ? On se sent bien chez Milena Agus, libre, au soleil, parmi ces femmes atteintes d'une douce folie, de ces folies qui ne doivent pas être soignées, qui finalement  ne se soignent pas car elles ne dérangent personne, et surtout pas le lecteur charmé par les effluves de poésie qui traversent ces romans...

Ce ne sont pas des livres bouleversants  comme ont pu l'être dernièrement La Route et Un homme pour moi, mais c'est comme une invitation à une promenade agréable dans un pays de rêve, un peu lointain, un peu décalé, pas vraiment dans ce monde-ci. Une pause avec le réel qui fait du bien. Et avec des petites vérités parsemées ici et là ... par exemple ce petit paragraphe, qui n'est pas dénué de sens :

« D'après maman en effet, dans une famille, le désordre doit s'emparer de quelqu'un parce que la vie est ainsi faite, un équilibre entre les deux, sinon le monde se sclérose et s'arrête. Si nos nuits sont sans cauchemars, si le mariage de papa et maman a toujours été sans nuages, si j'épouse mon premier amour, si nous ne connaissons pas d'accès de panique et ne tentons pas de nous suicider, de nous jeter dans une benne à ordures ou de nous mutiler, c'est grâce à grand-mère qui a payé pour nous tous. Dans chaque famille il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas. »


Leiloona et Stephie ont également beaucoup apprécié cette lecture et elles en parlent très bien. Un avis divergeant toutefois : celui de Lilly. Et c'est toujurs bien les avis différents !


Petit clin d'œil pour finir : il y a peu de temps, j'ai vu le film Respiro, réalisé par Emanuele Crialese et j'ai rapproché son univers de celui de Milena Agus. Beaucoup de ressemblances dans les thèmes, dans la poésie et la folie, et aussi dans les paysages (le film se déroule sur l'île sicilienne Lampedusa).



Je ne sais pas du tout s'il y a une influence quelconque de l'un sur l'autre, mais  le rapprochement s'est fait dans ma tête, et je pense que ceux qui ont aimé Mal de pierres aimeront Respiro !

 

Mal de pierres, Milena Agus, Le Livre de poche, 2008

 

Publié dans Récits

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Marie 21/09/2009 22:02

J'ai vraiment beaucoup aimé Mal de Pierre !
Malheureusement, j'ai été ensuite déçue par les autres titres de cet auteur !

Lou 15/09/2009 12:35

Tu me fais penser que ce livre attend sagement son tour dans ma PAL. Je l'avais repéré suite à tous les avis enthousiastes sur la blogosphère. A lire donc !

Heide 25/08/2009 13:54

Je l'ai lu il y a quelques mois et je n'en garde pas un souvenir impérissable. L'écriture est belle, l'histoire touchante, mais je n'ai pas eu le coup de cœur que j'attendais en lisant les avis de lecteurs.

pom' 30/07/2009 18:28

j'ai bien aimé cette histoire mais grace à la fin, par contre je n'ai pas trop apprécié "battement d'ailes".

Leiloona 17/07/2009 15:44

J'ai adoré ce roman et j'ai aussi aimé Respiro ! Tu as vu juste. ;)