Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /2009 17:20


 


Un Homme est une de ces lecture marquante et poignante, qui donne à réfléchir et dont on ne  sort pas indemne. Et aussi une lecture qu'il est difficile de commenter tant ce livre sonne juste et frôle une certaine perfection dans le fond comme dans la forme. En le commentant, j'ai l'impression de le toucher, de le dénaturer et de l'abîmer un peu...

Un homme, c'est cet homme dont on va lire la vie à reculons en commençant par la fin : la scène initiale du roman est celle de son enterrement.  Le titre original est Everyman, la traduction le rend par Un homme, on pourrait ajouter Un homme comme les autres, sous-entendu, nous propose certainement Philip Roth, comme vous et moi, vous le lecteur, moi l'auteur. On ne saura jamais le nom de ce personnage. Identification plus facile pour le lecteur ? Pour l'auteur ? Celui-ci explique dans une interview que son personnage «  n'a pas de nom tout simplement parce que [il a] écrit le premier jet en oubliant de lui en donner un. » Un simple oubli dont l'effet fonctionne admirablement bien...

Le roman raconte une vie, mais il est aussi une interrogation sur la vie, la vieillesse, la maladie et la mort. Ces thèmes essentiels de la condition humaine, ces questions universelles et intemporelles, sont transposées ici à travers la vie de cet homme juif américain né en 1933 à Newark, dans le New-Jersey (tout comme Philip Roth...). Le récit est rythmé par les différentes opérations chirurgicales que subira le protagoniste tout au long de sa vie. La première est un souvenir d'enfance. L'auteur explique ainsi ce projet assez inhabituel et plutôt original : « Ecouter le corps malade, raconter la vie d'un homme non pas à travers ses succès ou ses amours, mais à travers les différentes maladies qui l'ont affecté tout au long de sa vie et qui le mènent finalement à la mort. »

C'est principalement dans ses relations avec ses proches (ses parents, son grand frère Howie, ses trois femmes, ses trois enfants dont deux avec lesquels les rapports sont complexes et détériorés) que le lecteur appréhende, connaît puis s'attache à ce personnage. Ce qu'il a raté, ce qu'il a réussi, ou plutôt ce qu'il pense avoir raté ou réussi. Le temps passe, il s'interroge, et nous avec : a t-on une deuxième chance, peut-on revenir sur les actes commis ? On s'accommode de ce qui est là, ici et maintenant (c'est-à-dire la vie qu'on a mené - ou là où la vie nous a menés).

La vie passe, arrivent en fin de course la vieillesse, la maladie. Avec la vieillesse, la perte du pouvoir de séduction qui donne lieu à une formidable scène du roman, pleine de dérision et d'humour et en même temps de tristesse et de désolation où l'homme tente vainement une approche de séduction avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Vieillir, c'est quitter peu à peu la vie et s'approcher de plus en plus près de la mort... La mort c'est la fin, pour Philip Roth. La fin de la vie, après quoi on ne sera plus là pour réparer les erreurs. Et ce personnage a peur de la mort, bien sûr la peur de disparaître et de ne plus être de ce monde, mais surtout la peur de ne pas avoir eu le temps de résoudre ce qui n'allait pas (le conflit avec ses deux fils par exemple).


Subtilement, Philip Roth amène son lecteur à réfléchir à son tour sur la vie, la vieillesse, la maladie et la mort. En lisant ce récit de vie, on lit un peu de sa propre vie, un peu de celle des autres, de celle des gens qu'on connaît, un peu de vie humaine  en somme. Les questions se bousculent alors : qu'est-ce qu'une vie ? Que signifie accomplir sa vie ? Est-ce aimer, fonder une famille, être aimé par ses proches, autant qu'on peut les aimer, travailler, être passionné par son métier, ou l'exercer bien, enfin du mieux qu'on puisse, être apte à vivre en société, à tisser des liens sociaux ? Qu'est-ce qui créé les liens entre les êtres, pourquoi les défait-on à certains moments de la vie ? ... Autant de questions en suspens.


On ne referme pas ce livre tout à fait de la même façon qu'on referme les autres. Il laisse une empreinte chez le lecteur. Il faut un temps de silence après cette lecture, une pause... peut-être le temps du deuil suite à l'enterrement de ce personnage anonyme auquel on vient d'assister.

L'écriture est claire et limpide, le roman se lit rapidement, d'un trait. Rien en trop, rien ne manque, même si c'est une traduction (ou plutôt et même dans la traduction).

Il paraît que ce n'est pas le meilleur roman de Philip Roth... cela je ne peux le savoir car c'est le premier que je lis. Mais si ce n'est pas le meilleur, Un Homme me donne bien envie de le chercher et de le trouver parmi les 27 autres livres de Philip Roth.


Un court extrait (p.85) qui relate un moment précieux, émouvant et grave  en peu de mots entre l'homme et sa fille :

Elle l'avait rejoint sur la côte pour l'assister et, malgré son bon sens et sa lucidité, elle ne savait que revivre les difficultés résultant du divorce de ses parents, et avouer à son père son vieux rêve tenace de les voir se réconcilier, lui et sa mère - réconciliation qu'elle avait appelée de ses vœux plus de la moitié de sa vie. « Mais on ne réécrit pas l'histoire », lui dit-il doucement ; il lui massait le dos, lui caressait les cheveux, la berçait doucement dans ses bras. « Il faut prendre la vie comme elle vient. Tenir bon et prendre la vie comme elle vient. Il n'y a pas le choix. »

 

Un Homme, Philip Roth, traduction de l'américain par Josée Kamoun, Gallimard, 2007.

Liens vers des entretiens accordés par Philip Roth lors de la parution du récit :

- Télérama

- Le Nouvel obs

 

 


 

Par émi-lit - Publié dans : Récits
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 14:20
Moka m'a proposée ce tag des "3", ce chiffre hautement symbolique, et c'est avec plaisir que j'y réponds !

3 jobs que j'aurais aimé exercer :
Ethnologue ou anthropologue
Travailler dans une maison d'édition ou être commissaire d'exposition
Finalement celui que je fais, qui me plaît bien et que j'ai choisi !

3 films que je connais par coeur :
Ce sont ceux que j'ai peut-être le plus vus, qui m'ont fortement marquée la première fois, et me marquent de nouveau quand je les revois à chaque fois avec beaucoup de plaisir et de nostalgie. Ce sont un peu mes films-madeleine de Proust.
Le Tombeau des lucioles, je verse mes larmes à chaque fois, ça ne rate pas...
Le Parrain, admirable fresque...
Jules et Jim

3 livres préférés :
AHHHH, seulement 3 ! C'est cruel !
Les Palmiers sauvages, Faulkner
Plusieurs Dostoïevski (ce qui me permet de tricher), particulièrement Crime et Châtiment et Les Frères Karamazov
Nouvelles et textes pour rien Beckett
Et parce qu'il manque un peu de poésie dans tout cela : Les Chambres d'Aragon

3 émissions :
La Grande librairie sur france 5
Les émissions en clair de canal qui permettent de rythmer la journée !
Les Nouveaux chemins de la connaissance sur France culture

3 séries :
How I met your mother
Desperate Housewives (surtout les 1ères saisons)
Rome

3 endroits où j'aime passer mes vacances :
A l'étranger
Au soleil
Au bord de la mer
(Les 3 en même temps c'est bien aussi)

3 sites web que je visite quotidiennement:
Facebook, même si c'est plus pour perdre du temps qu'autre chose !
Les blogs de lectures et de cuisine, surtout celui de Moka toujours très alléchant, un certain forum...
Les sites de certains quotidiens ou hebdomadaires et France inter/France culture

3 plats que je ne mangerais jamais : 
des huîtres
des fromages trop forts en goût et en odeur
des plats anglais qui n'ont jamais l'air très apétissants !

3 plats que j'adore :
Tajine de poulet aux fruits secs
Tiramisu aux fraises
et tout ce qu'on mange de bon pendant les périodes de fête (et donc le champagne!)

3 endroits où j'aimerais être en ce moment : 
Sur une belle plage de sable blanc
Au jardin du Luxembourg
Dans une belle et grande maison remplie de bibliothèques !

3 personnalités actuelles ou du passé que j'aimerais rencontrer :
Aliiiiii Badou
Annie Ernaux
Julien Gracq dans sa maison en Bretagne (oui c'est permis de rêver à reculons !)

3 voeux pour l'année prochaine :
En bonne midinette superstitieuse, je vais les garder pour moi !

3 centres d'intérêts ou d'activités :

lire
découvrir, apprendre de nouvelles choses
être avec les gens qui me sont chers

Merci Moka, à mon tour je vais proposer ce tag à Marie Lino, dont j'ai découvert le blog il n'y a pas très longtemps et à Stephie pour la remercier !


Par émi-lit - Publié dans : Ratures
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 09:26

Editions Delcourt, collection Shampooing, 2009


Aude Picault est une jeune auteur de BD (environ 30 ans) qui a déjà publié Moi je aux éditions Warum (au passage, Warum est une petite maison d'édition qui monte qui monte et qui vaut la peine qu'on s'y arrête...)
. Moi je est une bd autobiographique très drôle et savoureuse qui parle aux filles des filles et que j'avais adorée.



En voyant son nouvel album en librairie, je n'ai donc pas hésité longtemps avant de l'acheter, de plus la couverture me plaisait bien aussi. Mais j'ai été un peu déçue. Je me suis ennuyée à certains moments de la lecture, et j'ai parfois trouvé les vignettes confuses (qui parle à quel moment ?), même si le sujet de départ est  intéressant et parlant.
Transat raconte l'histoire d'une jeune graphiste (la trentaine, certainement l'auteur...) qui vit et travaille à Paris. La première partie nous montre le personnage principal dans son quotidien, qui se résume un peu à "métro-boulot-café-dodo" avec les aléas de la vie parisienne : appart trop petit où on vit "avec" ses voisins tant les cloisons sont minces, bruit et foule permanents, parisianisme bien marqué de certains personnages, vieilles amitiés qui se détricotent parce qu'on ne s'écoute plus ou parce qu'on n'a plus grand chose à se dire... Cette première partie est bien traitée, et puis Aude Picault réussit à toucher le lecteur, on se retrouve facilement dans certaines scènes ! (En tout  cas lorsque le lecteur est une fille qui s'approche de la trentaine...)
Mais au milieu de cette vie assez monotone, la narratrice prépare un grand projet qui lui rend le sourire : celui de partir d'abord une semaine dans une maison, totalement seule et isolée sur une île bretonne, puis plusieurs mois sur un voilier autour des Antilles et des Caraîbes, avec des gens qu'elle ne connaît pas. Elle n'est pas particulièrement passionnée de voile, on la voit donc à l'oeuvre en train de potasser des livres de navigation pour retenir des informations techniques bien ennuyeuses (mise en abîme formidable de l'ennui de la narratrice qui lit ses livres de navigation et de l'ennui du lecteur lorsqu'il lit ces pages !).
La deuxième partie porte donc sur le voyage à bord du voilier, et c'est cette partie que je  n'ai pas trop aimée. Je l'ai trouvée fade, pas grand chose d'intéressant alors que c'est censé être le grand voyage dont on attend beaucoup... Quelques pages où il n'y a qu'une grande illustration du voilier sur la mer (agitée, calme, de jour, de nuit...) sans bulles de parole. J'ai tourné ces pages sans grande motivation ni intérêt.
La dernière partie raconte le retour de la protagoniste, avec quelques phrases bilan que j'ai bien aimées :
"A 20 ans le monde s'ouvre à toi... et à 30 tu prends conscience que réaliser l'être formidable qui se cache en toi est plus compliqué que prévu. Alors on s'arran
ge avec le réel, en essayant de ne pas trop se résigner, en jonglant de façon plus ou moins honnête avec soi-même. Et finalement, on fait nos choix en fonction de notre propre environnement, du contexte, de notre degré de conscience, de rencontres que l'on fait, de celles que l'on rate... Chaque choix dérive d'une multitude de non-choix."
Et un des dernier dialogue entre la narratrice et un personnage plus vieux :
"- On ne peut pas rater sa vie.

- Mais comment ça ?!
- Tu ne peux pas "rater" ou "réussir" ta vie. Tu ne peux que la vivre..."


Mon avis est mitigé... je ne l'ai pas lue très rapidement, signe pour une BD que je n'ai pas été très enthousiaste. Quand même de bonnes pages et de bons passages, mais j'ai préféré, de beaucoup, Moi je, que
Loula a lu et apprécié aussi.

Pour finir, voici un aperçu du graphisme d'Aude Picault :

Je vais  maintenant me plonger dans ma prochaine lecture BD, Aya de Yopougon, tomes 3 et 4, là je sais que je ne serai pas déçue...

Par émi-lit - Publié dans : Bandes dessinées
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus