Mercredi 7 octobre 2009



Il est parfois intéressant de laisser un peu de temps entre le moment de la lecture et le compte-rendu des impressions... Cet été j'ai lu Une page d'histoire, un recueil de nouvelles de Romain Gary édité dans la collection Folio à 2 euros. (A ce propos, j'ouvre une parenthèse : je trouve que cette collection est une bonne idée pour découvir des auteurs ou les redécouvrir à travers des textes souvent peu connus et ainsi remis au goût du jour.  Cela permet de se faire rapidement une petite idée ! )
De Romain Gary, j'ai lu certains récits dont La Vie devant soi, très marquant mais je ne savais pas qu'il avait aussi écrit des nouvelles. Une page d'histoire reprend 5 nouvelles initialement publiées dans le recueil Les Oiseaux vont mourir au Pérou. Ma curiosité a été piquée !
Je l'ai lu d'une traite et lorsque j'ai refermé le livre, j'étais satisfaite de cette lecture, j'avais trouvé les nouvelles bien écrites, originales, mettant en scène des héros désabusés et parfois attachants.
Aujourd'hui je mets par écrit mon avis, pour voir ce qu'il en reste... finalement, après un mois et demi de repos, trois nouvelles sur les cinq me reviennent en mémoire : la première Le Luth, la deuxième Le Faux et la dernière Les habitants de la terre.


La première est teintée d'une douce mélancolie, histoire d'un ambassadeur en Turquie qui se découvre une nouvelle passion, le temps est lent, les descriptions à la fois brèves, soignées et piquantes. On est vite plongé dans les errances du Comte de N. et on le suit c'est avec un certain plaisir qu'on suit ses déambulations dans les souk et les bazars d'Istanboul.

Dans la seconde nouvelle, un riche collectionneur d'art découvre que son Van Gogh est un faux... S'ouvre alors une reflexion sur ce qui fait la beauté et l'authenticité d'une oeuvre d'art, mais aussi sur la beauté et l'apparence physique de l'être humain... La chute est excellente, je vous laisse la surprise ! Cette nouvelle est vraiment très bien, à la fois profonde, drôle et surprenante. Elle vaut d'être lue, pour moi c'est la meilleure du recueil.

Enfin, la dernière nouvelle, Les habiatnts de la Terre, est très sombre mais aussi très belle et poétique : à travers deux personnages qui errent dans l'Allemagne de l'après-guerre, dont une jeune fille atteinte de cécité psychologique, "Elle a fermé les yeux sur le monde, voilà. [...] Elle ne veut plus rien voir. Elle s'est réfugiée dans la cécité, comme ils disent.", Romain Gary pose implicitement et sur un ton cynique  la question suivante : ne vaut-il pas mieux parfois être aveugle plutôt que de voir (et donc être le témoin)  de ce que l'homme est capable de faire aux autres ? La question est brutale, mais elle invite à réflchir sur la confiance en l'homme et les ravages de la guerre.

Les deux autres nouvelles ne m'évoquent pas grand souvenir... mais trois sur cinq, c'est déjà pas mal ! Cependant je préfère le Romain Gary de La Vie devant soi et d'autres romans où son talent se révèle mieux...



Par émi-lit - Publié dans : Récits
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Dimanche 27 septembre 2009

En ce moment circule sur certains blog la liste des 100 romans préférés des français, je ne sais pas exactement d'où provient cette liste (sondage ?), mais cela m’a rappelé une liste qui avait paru l’an dernier dans Le Magazine des livres : La Bibliothèque idéale…Ca laisse rêveur ! Bien sûr, une liste, c'est un choix, opéré par certaines personnes, selon des critères spécifiques, cette liste différerait certainement un peu pour chacun d'entre nous. Mais je pense que le critère retenu reste l'universalité d'une oeuvre, et la plupart des titres qui y figurent sont des oeuvres passées au rang de grand classique ou de chefs-d'oeuvre. A mon grand désarroi, il y a quand même un grand absent, c'est Beckett.

Alors faisons le test, combien de romans dits incontournables à votre actif ? Quel est, pour vous, le grand absent de cette liste ?

Le résultat pour moi : 47 sur 100 … en dessous de la moyenne ! Mais quelques titres sont sur mes étagères, je vais remonter mon niveau. Et puis avoir des œuvres à découvrir, c’est toujours une bonne perspective !

Je mets la liste et souligne ceux que j’ai lus.

 

L’Âge d’Homme, Michel Leiris
L’air d’un crime, Juan Benet
À la recherche du temps perdu, Marcel Proust (que le premier tome pour le moment)
Alice au pays des merveilles, Lewis Carrol
L’Amant, Marguerite Duras
Anna Karénine, Léon Tolstoï
À Rebours, J.K. Huysmans
L’Assommoir, Émile Zola
Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry
Belle du Seigneur, Albert Cohen
Les belles endormies, Kawabata Yasunari
La Bible (pas en entier !)
Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez
Les Chants de Maldoror, Lautréamont
La Chartreuse de Parme, Stendhal
La Condition humaine, André Malraux
Les Confessions, Jean-Jacques Rousseau
Crime et Châtiment, Fiodor Dostoïevski
Le Décaméron, Boccace
De sang-froid, Truman Capote
Le Désert des Tartares, Dino Buzzati
La Divine Comédie, Dante Alighieri
Don Quichotte, Cervantès
L’écriture ou la vie, Jorge Semprún  (LAL)
L’écume des jours, Boris Vian
L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde, Robert Louis Stevenson
L’Étranger, Albert Camus
Les Faux-Monnayeurs
, André Gide
La Ferme des animaux, George Orwell
Fermina Márquez, Valery Larbaud
Le Festin nu, William Burroughs
Les Filles du feu, Gérard de Nerval
Frankenstein ou le Prométhée moderne, Mary Shelley
Les Frères Karamazov, Fiodor Dostoïevski
Gargantua, Rabelais
Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald
Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier
La Grande Beune, Pierre Michon
Guerre et paix, Léon Tolstoï
L’Homme sans qualités, Robert Musil
Illusions perdues, Honoré de Balzac
L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera
L’Invention de Morel, Adolfo Bioy Casares
Jacques le Fataliste, Denis Diderot
J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda
Le Joueur d’échecs, Stefan Zweig
Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne
Justine ou les malheurs de la vertu, Marquis de Sade
Kaputt, Curzio Malaparte
Last Exit to Brooklyn, Hubert Selby
Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos
Le livre de l’Intranquillité, Fernando Pessoa (LAL depuis fort longtemps)
Lolita, Vladimir Nabokov
Le Loup des steppes, Hermann Hesse
Madame Bovary, Gustave Flaubert
Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov
les Malheurs de la vertu, Marquis de Sade
Manon Lescaut, Abbé Prévost
Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley
Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar
Mémoires posthumes de Brás Cubás, Joaquim Maria Machado de Assis
La Mer de la fertilité, Yukio Mishima
Les Mille et Une Nuits, Anonyme
Les Misérables, Victor Hugo (bon pas toute l'oeuvre in extenso)
Moby Dick, Herman Melville
Le Moine, M.G. Lewis
Montedidio, Erri de Luca
Mrs. Dalloway, Virginia Woolf  (PAL)
Notre-Dame-des-Fleurs, Jean Genet
L’Odyssée, Homère
Les Particules Élémentaires, Michel Houellebecq
Perceval ou Le Conte du Graal, Chrétien de Troyes
Le Petit Prince, Saint-Exupéry
Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde
La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette
Le Procès, Franz Kafka
Les Raisins de la colère, John Steinbeck
Le Rivage des Syrtes, Julien Gracq
Robinson Crusoé, Daniel Defoe
Le roi des Aulnes, Michel Tournier
Le Roman de la Rose, Guillaume de Lorris-Jean de Meung
La Route des Flandres, Claude Simon
Sanctuaire, William Faulkner (PAL)
Le Seigneur des anneaux, J.R.R Tolkien
Senilità, Italo Svevo
Si c’est un homme, Primo Levi
Sous le soleil de Satan, Georges Bernanos
Le Silence de la mer, Vercors
Le Tambour, Günter Grass
Thérèse et Isabelle, Violette Leduc
Tristan et Iseut, Béroul
Ulysse, James Joyce
V., Thomas Pynchon
Vendredi ou les limbes du Pacifique, Michel Tournier (PAL)
Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, Laurence Sterne
La vie devant soi, Romain Gary
Le Vieil Homme et la mer, Ernest Hemingway
Une vieille maîtresse, Barbey d’Aurevilly
Voyage au bout de la nuit, Céline
Voyage au centre de la Terre, Jules Verne
Les Voyages de Gulliver, Jonathan Swift

 

A votre tour !

Par émi-lit - Publié dans : Ratures
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Samedi 12 septembre 2009

Petit préambule… la pause blog a duré un peu plus longtemps que prévu… Toutes mes excuses à ceux qui sont passés régulièrement et ont trouvé page morte…

Mais je reviens avec plein de lectures dans la tête à restituer ici… Commençons par une lecture de vacances (pour avoir l’impression d’y être encore un peu…)

 

Alors que je traînais bien difficilement mes Kafka et Hélène Berr sur les plages de Corse, un ami me prit en pitié en me prêtant un livre un peu plus adapté au lieu où nous nous trouvions. Adapté à la plage, je vous entends, non cela ne signifie pas obligatoirement un livre léger, un roman d’amour à l’eau-de-rose, ou un Marc-Lévy-Guillaume-Musso (oui, après une très rapide étude sociologique des « lectures de plage », en tête d’affiche, et loin de tout, ces deux auteurs ont la part belle). Non, parfait pour la plage grâce à son titre : Plage de Manaccora, 16h30 (et au passage, le titre peut aussi évoquer un tube de l’été, par faux anagramme !!)

 

Ce que Philippe Jaenada nous suggère par son titre, c’est qu’un événement précis s’est produit ici et maintenant… Seraient-ce le lieu et l’heure du crime ?

Non, pas un crime mais un événement tout aussi tragique : l’incendie qui a ravagé le parc du Gargano dans la région des Pouilles en Italie, durant l’été 2003, et plus précisément la plage de Manaccora où le narrateur passait ses vacances en famille avec son fils et sa femme. Tous trois ont des prénoms atypiques : Voltaire et Ouma, les parents et Géo le fils. Cette toponymie donnera lieu à de bons traits d’humour, et permettra de dédramatiser un peu les faits tragiques dont ils seront les acteurs. On peut aussi y voir un procédé de mise à distance autobiographique, puisque ce récit l’est partiellement .

Voltaire et sa petite famille ont donc pris l’habitude de partir en vacances dans les Pouilles pour se détendre et se ressourcer, loin du stress de la vie parisienne. Vacances paisibles au soleil, plage, promenades, lectures…Mais le récit de Voltaire va se concentrer sur cette terrible journée où ces vacances si paisibles basculent brutalement dans l’horreur et la peur de ne pouvoir échapper à quelque chose d’effroyable. Nos trois héros, et avec eux de nombreux personnages secondaires formidablement croqués (touristes, habitants locaux…) vont devoir affronter cet  incendie qui ravage la forêt, le village et les plages de cette belle région sauvage. Les forces de la nature se soulèvent, il fait extrêmement chaud, le feu se propage à une vitesse impressionnante, très vite l’homme se sent impuissant face à un tel déchaînement. Que faire ? Comment réagir face à une catastrophe imminente à laquelle on n’est pas sûr de survivre ni de sauver sa famille ?…Que choisit-on d’emmener lorsqu’on ne dispose que de quelques minutes pour décider de ce qui ne sera pas réduit en cendres ? Voltaire se pose toutes ces questions, et nous fait part de ses réflexions parfois à teneur philosophique… (un clin d’œil au philosophe des Lumières ?!)

Mais on échappe à un récit tragique et pathétique grâce à une subtile narration qui mêle les événements du moment présent et les souvenirs : à chaque fois que le narrateur raconte ce qui se passe au moment où lui et sa famille sont menacés par l’incendie, il se rappelle une anecdote de sa vie « d’avant », sa vie d’écrivain parisien, de père de famille, de mari, ou bien encore avant, de célibataire endurci. Ce procédé est très efficace et contribue à la qualité du livre : au moment où on pourrait basculer dans la gravité, une anecdote souvent drôle, teintée d’autodérision et d’humour survient. La meilleure est sans doute celle sur l’Hippopotamus !

 

C’est un bon roman, bien construit, qui se lit vite. L’histoire fonctionne, le lecteur est « pris » par le rythme de la narration. Et Philippe Jaenada maîtrise l’art de la digression, ce que j’ai bien apprécié aussi.  Une très bonne lecture de plage, en somme !

 

Je n’ai pas le livre sous la main pour vous livrer les extraits qui m’ont plu, mais j’essaierai de me le procurer et de compléter cet article !


Par émi-lit - Publié dans : Récits
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